Actualités, enquêtes et reportages sur la gestion des déchets

France Télévision enquête à charge sur le TMB

"Et voici donc, en bout de chaîne, l'or de M. Mahé", ironise la voix off. (capture d'écran)

« Et voici donc, en bout de chaîne, l’or de M. Mahé », ironise la voix off. (capture d’écran)

L’émission « Complément d’enquête » consacrée le 19 septembre aux déchets a présenté un reportage sans nuance sur les TMB. Ses journalistes ont été « particulièrement » aidés dans leur travail par le CNIID. Une précision qu’on n’apprend qu’en lisant le générique de fin.

France 2 a diffusé le 19 septembre dernier un « Complément d’enquête » consacré aux déchets. Compte tenu de la manière dont la télévision traite généralement les sujets relatifs aux déchets, nous avions quelque inquiétude. Nous n’avons pas été déçu.
Le sujet sur le tri mécano-biologique (TMB), en particulier, méritait le déplacement.

La première partie entreprend de ridiculiser consciencieusement Gilles Mahé, vice-président de la communauté d’agglomération Angers Loire Métropole, chargé des déchets. L’ironie du commentaire est permanente. La « belle machine » de Gilles Mahé « a des ratés » (ce qui n’est pas totalement faux…). Elle est coûteuse : « 60 M€ », ce qui impressionne toujours le citoyen, surtout si on ne lui donne aucun élément de comparaison. Mais grâce à cette machine, les déchets organiques « vont devenir précieux, très précieux ». L’usine produit « l’or de M. Mahé », et l’on voit à cet instant à l’écran un tas censé être du compost, plein de gros morceaux de plastique — manifestement, du compost non affiné. « Eh bien vous allez rire », s’amuse la voix off, « il y en a qui ne le trouvent pas si bon que ça », ce compost…

La seconde partie évoque de façon à peine moins orientée les qualités du compost issu du TMB, plein de plastique et d’aluminium et que « de plus en plus » d’agriculteurs paraît-il refusent. On n’aura pas d’autre précision sur ce nombre supposé croissants d’agriculteurs réfractaires. Aucune mention n’est faite des analyses de risque. Aucune comparaison avec les composts de biodéchets qui contiennent aussi, même si c’est souvent en moindre quantité (mais pas toujours), des plastiques, de l’aluminium ou d’autres impuretés.

Conte de fée
La troisième partie, tournée dans une ravissante résidence de Viroflay, dans les Yvelines, présente LA solution à cette gabegie financière et environnementale : le compostage domestique (en l’occurrence, de pied d’immeuble). Il est « très simple » à mettre en œuvre et « gagne du terrain » puisque « 20 % des foyers français ont pris cette habitude ». On n’est pas loin du conte de fées et de la ferme de Marie-Antoinette… Les sources de France 2 ont dû oublier de préciser que 75 % des pratiquants ne remuent jamais leur compost, ce qui est loin d’être idéal en termes d’impacts. On n’entendra pas davantage que le compost de pied d’immeuble ou de jardin ne peut, par définition, se pratiquer partout. Ni que la collecte sélective des biodéchets est coûteuse, parfois très coûteuse, pour un rendement moyen faible (20 à 25 kg/habitant/an). Et on ne saura pas que le TMB permet, lui, de valoriser 80 kg de matière organique/habitant/an, parfois plus.

A voir et revoir le reportage, on s’étonnait un peu de la forte similitude de la thèse qu’il développe avec les positions de certaines ONG, et en particulier du CNIID (Centre national d’information indépendante sur les déchets), qui a lancé il y a quelques mois une campagne intitulée « Je veux mon bac bio » pour la collecte sélective des biodéchets et leur compostage. Il n’y avait peut-être pas à s’étonner : l’association figure au générique de fin de l’émission, où elle est « plus particulièrement » remerciée pour avoir fait partie de ceux qui ont « aidé à préparer l’émission ».

Capture d'écran du générique de fin. On se disait bien…

Capture d’écran du générique de fin. On se disait bien…

Contactée par Déchets Infos, la rédaction de « Complément d’enquête » assure qu’elle n’est « pas du tout téléguidée par le CNIID ». Elle explique dans un premier temps qu’elle n’aurait contacté l’association que tardivement, alors que « les reportages étaient déjà dans la boîte [déjà tournés, ndlr] depuis le mois de juin » (dixit Lorraine Servent, responsable de plateau), ou qu’ils étaient « déjà largement engagés » (dixit un rédacteur en chef adjoint). Le CNIID n’aurait fourni que des « informations chiffrées » sur « des statistiques », ou par exemple expliqué « comment fonctionne une décharge ». Dans un deuxième temps, un rédacteur en chef adjoint (dont on ne saura pas si c’est le même) nous a indiqué que le CNIID avait été contacté dès le mois de « mai ou juin ».

Le CNIID confirme. Les journalistes « cherchaient quels sujets pourraient être intéressants ». Les sujets n’étaient alors « pas tournés ». Le CNIID a « donné un coup de main », aidé à « préparer les reportages » et « fourni des contacts ».

Gilles Mahé indique pour sa part que le tournage à Angers a eu lieu en juillet. L’émission n’était donc pas « dans la boîte depuis le mois de juin » comme cela nous avait été dit dans un premier temps.

« Complément d’enquête » est évidemment libre — comme nous… — de choisir ses sources et les thèses qu’il développe. On souhaiterait juste que cela soit fait de manière un peu plus claire. Et on imagine un instant les réactions des ONG si « Complément d’enquête » avait été « aidé » de la même manière par un industriel… •

Article paru dans Déchets Infos n° 30.

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